Je voulais partager avec vous ma récente découverte d'une méthode très différente de rééducation, encore malheureusement très peu présente en France: la méthode Anat Baniel.

Je rentre de 4 jours en Californie où j’ai pu rencontrer Anat Baniel, la fondatrice de la méthode, ainsi qu’un grand nombre de praticiens. J’y étais lors de leur convention annuelle. Il y avait environ 80 praticiens, qui étaient pour près de 90% d’entre eux parents d’un enfant touché. Ces parents ont pour la plupart radicalement changé de carrière (venant de grandes entreprises, de sociétés de conseils...). En voyant les résultats de la méthode sur leurs enfants, ils ont décidé de se former pour leur enfant mais aussi 

pour aider à la rendre accessible à plus de familles. Depuis leur certification, leur emploi du temps est en permanence plein car les résultats sont là. J’ai pu échanger avec eux pendant 2 jours. Voici en synthèse ce que j’en ai retenu.

La méthode Anat Baniel

Cette méthode est entièrement basée sur le mouvement, mais avec elle repose sur les récentes découvertes de Neurosciences. Elle exploite la compréhension du fonctionnement du cerveau et de la plasticité cérébrale, c'est à dire la capacité du cerveau à créer de nouvelles connexions à condition d'être stimulé correctement. On sait aujourd'hui que notre cerveau a la capacité de créer des connexions toute sa vie.

Le principe du Neuro-mouvement est de permettre aux enfants d'expérimenter ce qui a manqué au cerveau du bébé (et de l'enfant, selon l'âge du traitement).

Pourquoi?

La capacité du cerveau à exercer des mouvements est fondée sur des millions de mouvements d'abord involontaires puis volontaires où l'enfant apprend à exécuter un geste par tâtonnement et par une répétition de petites variations. C'est cela qui manque à l'enfant hémiparétique car il est "empêché" dans la réalisation de tous ses petits mouvements.

Le mouvement volontaire de l’enfant avec hémiparésie n'est pas fonctionnel. La kiné ou des exercices visant à faire effectuer le mouvement normal ont souvent pour résultat de figer des défauts car l’enfant s'entraîne à répéter un mauvais geste. Plus il répète, plus le cerveau imprime l'erreur. Ce qui conduit à des contractions involontaires, des pouces ou des poignets "bloqués", qui sont ensuite difficiles à libérer.

Un des principes essentiels de la méthode est d'oublier les limitations de l'enfant et se concentrer uniquement sur ses capacités actuelles.

A partir de là, faire progresser le cerveau en lui donnant l'expérience de petites variations, mais toujours à partir de ses capacités actuelles, pour peu à peu permettre au cerveau de construire de nouvelles connexions et de développer de nouvelles aptitudes, réellement fonctionnelles. 

Les resultats?

Des progrès souvent extraordinairement rapides, après 1 ou 2 séances parfois, le bébé ou l'enfant acquiert certaines aptitudes qu’il n’avait jamais réalisé auparavant...

Vous trouverez pas mal d’exemples de la méthode et des résultats sur You Tube, comme celui d’ Isabelle . J’avais vu ces vidéos avant d’aller aux Etats-Unis, elles ont éveillées ma curiosité mais sans me permettre d’avoir une vraie conviction.

En parlant aux parents, tous m’ont raconté leur histoire et comment cette méthode a été déterminante dans les progrès de leur enfant. Ils ont généralement mis de côté la kiné classique pour se concentrer sur cette méthode, qu’ils pratiquent par blocs intensifs (de préférence 2 sessions par jour pendant une semaine, une fois tous les 2 mois).

Une maman m’a raconté que son fils a eu un premier AVC inutero puis un autre à 4 semaines de vie. Les médecins ont dû bloquer l'hémorragie très importante par une opération impliquant une section du crâne et l’ablation d’une partie du cerveau. Les médecins étaient très pessimistes sur les capacités futures du bébé, lui disant que s’il survivait il ne pourrait ni marcher ni parler. Finalement le bébé s’est rétabli, elle a commencé à 9 mois la méthode Anat Baniel et a appliqué elle-même les principes expliqués dans le livre d’Anat Baniel. J’ai vu un petit film de son fils qui a aujourd’hui 2 ans. Il marche normalement et parle 2 langues...

Comme je vous le disais, ce qui m'a marqué c'est que de nombreux parents, si impressionnés par les résultats, ont décidé d'entreprendre la formation: plus de 100h de cours étalés sur 1 an et demi et un sacré budget, pour aider au mieux leurs enfants mais aussi convaincus qu'ils devaient aider d'autres familles à bénéficier de la méthode.

Il y a peu de praticiens en France mais beaucoup de choses dans le livre d’Anat Baniel Kids Beyond Limit .

A Paris, Lynn Bullock est la seule praticienne (à ma connaissance). Il y a un centre au Danemark. Ils font venir des praticiens des Etats Unis plusieurs fois par an. Je pense qu’il serait possible de l’organiser aussi en France. Si cela vous intéresse, envoyez un email à contact@hemiparesie.org afin que nous puissions coordonner les besoins. 

3 conseils clés pour accélérer les progrès du cerveau

#1. L'Attention dans le Mouvement

C'est lorsqu'on se concentre sur un geste ou sur une sensation que le cerveau crée de nouvelles connexions (1.8 millions par seconde!). Si on fait un mouvement automatique, on utilise les connexions actuelles: le cerveau n'apprend rien, il exécute.

Une façon de créer ce mouvement avec attention peut être de faire quelque chose très doucement, ou de se concentrer sur une sensation, une texture, une température...

Accompagner l'enfant dans un geste, lui faire ressentir le bénéfice du mouvement.

Par exemple, pour des enfants aux pieds/jambes très rigides qui ne marchent que sur la pointe des pieds, appliquer des pressions de la main ou d'un livre sous le pied en position assise et faire ressentir la capacité d'appui: le cerveau enregistre que le dessous du pied est source d'équilibre et qu'il peut être utile pour s'appuyer lors de la marche.

Dans la vie quotidienne, aider les enfants à se concentrer sur les mouvements en nommant ("et voila la petite main qui sort de la manche") et surtout en évitant le mode automatique nous même: si on porte soi même une réelle attention au geste, que l'on est présent dans le mouvement cela crée naturement la même attention chez l'enfant.

Le cerveau d'un enfant ayant eu un AVC, un autre problème de développement ou un traumatisme ne fonctionne souvent pas normalement, il connaît des perturbations, du "bruit" intérieur. Il est donc d’autant plus important de l'aider à se concentrer et à porter son attention sur un geste, une sensation, la perception de petites différences.

#2. La Variation

Tous les progrès viendront par extension progressive. Pour cela il faut faire expérimenter des petites variations de mouvement à l'enfant, de petites variation de ses appuis, de postures qui créent des équilibres...

C'est surtout une personne formée à la méthode qui peut réaliser ces exercices mais les parents dans la vie quotidienne doivent créer le plus possible de variations: placer le 

bébé toujours différemment dans son lit, à table, dans ses postures de jeux, varier l'ordre ou les gestes dans la façon de s'habiller...

Petites variations et ne pas sauter les étapes. Il faut éviter de chercher à faire faire à l'enfant quelque chose qu'il n'est pas prêt à faire (inutile de le mettre debout, en essayant de le faire marcher s’il n’est pas prêt). Il doit d'abord comprendre et intégrer toutes les étapes intermédiaires.

#3. Attention et enthousiasme

Être très attentif à chaque petits progrès de votre enfant et le célébrer intérieurement: inutile d'exprimer verbalement, votre joie intérieure sera ressentie par l'enfant et cela aidera son cerveau à enregistrer les changements et les considérer comme importants.

C'est un immense accélérateur de progrès.

A l'inverse, l'angoisse des parents ou leur découragement sera ressenti par l'enfant et paralyse les progrès.

Privilégier l’enthousiasme intérieur et non verbal. Selon les praticiens, il faut éviter d'applaudir l'enfant quand il réussit quelque chose pour la première fois: cela le déconcentre de l'action qu'il est en train de réaliser. Pour imprimer le geste, il doit rester concentré sur ce qu'il est train de faire et ne pas reporter son attention sur vous en train de le féliciter. A l'inverse souligner quelque chose qu'il est en train de faire peut être utile: "regarde ta main comme elle tient bien ton bol".

 





Source : Kids Beyond Limit
Catégorie : Témoignages
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